N’allez pas dans les hautes herbes !

Cette scène mythique du célèbre film réalisé par Steven Spilelberg se voit comme l’introduction parfaite pour cette nouvelle expédition qui se déroule non pas au milieu des Vélociraptors d’Isla Sorna, mais des Aïmaras de Guyane française !

A l’aspect préhistorique, ses fortes similitudes avec le Cœlacanthe, sa dentition des plus acérées et son comportement primitif, nous voilà bel et bien en train de faire un saut dans le passé !

Quelques aspects de l’aventure :

     * 6 pêcheurs : Gilles, Yves-André, Adrien D., Kevin, Jeremy et Adri.
     * 2 guides : Dominique et François Thor
     * Voyage : 8000 kilomètres
     * Période : Février 2017
     * Durée : 10 jours dont 8 de pêche
     * Fleuve : Sinnamary
     * Objectif : Aïmara ou Trairao

Parmi tous ces pêcheurs, des envies, des souhaits et même des rêves se dissimulent dans leurs esprits. Et parfois, il suffit d’un petit déclic pour réaliser l’un d’entre-deux ! Le premier pour certain et incontestablement pas le dernier pour d’autres…

Un projet de cette envergure se réfléchi et se prépare minutieusement en amont. Nous aurons eu deux ans pour être au top. Prise de contact avec Thia, choix de la période avec les guides, déplacement jusqu’à Paris-Orly, navettes, vol d’environ 8 heures jusqu’à Cayenne, bagage spécial (cannes), taxis, hébergements d’arrivée/de retour, et le plus important de la liste, le choix du matériel à prévoir pour faire face à ce combattant qu’est l’Aïmara !

Un peu de technique avant d’entrer dans le vif du sujet, utile à tout autre pêcheur qui se laisserait tenter par un séjour de la sorte :

     * Cannes : Deux ensembles, monobrins de préférence. Un premier dit « light » annoncé 15-70 grammes de puissance. Un second plus robuste annoncé 30-130 grammes.
     * Moulins : Minimum 9 kg de frein
     * Tresse : entre 33 et 40 centièmes
     * Bas de ligne acier : 40 kg gainé + sleeves
     * Triples : renforcés 1/0 à 3/0
     * Simples : renforcés 10/0
     * Texans plombés : renforcés 10/0
     * Émerillons, anneaux brisés, anneaux soudés : 50 kg
     * Leurres : Poppers, StickBaits, SpinnerBaits, Cuillères, Leurres dures, Leurres souples, etc.
     * Outils : Pince coupante, pince à anneaux brisés, pince à sleeves, pince de décroche, fishgrip robuste tournant sur son axe, etc.
     * Equipement : Chaussures de randonnée respirantes/antidérapante, crocks, imperméable indice élevé, casquette/chapeau, maillots de bain, lunettes polarisantes, crème                  solaire etc.

Départ 17.02.2017

Avec Jeremy c’est simple et ludique, nous faisons l’impasse sur les heures de sommeil privilégiant une ou deux bières de mise en route ! C’est certain, on ne tient tout simplement plus en place…

Nous partons donc dans la nuit de jeudi à vendredi en direction de Paris-Orly. Le véhicule est blindé !

Durant le trajet, nous prenons même le temps de faire un petit crochet culturel par Besançon... Arrivés sur place aux alentours de 8 heures du matin, nous déposons le bus à l’agence Quick Parking Orly. Une navette se charge ensuite de nous acheminer jusqu’à l’aéroport qui se trouve à 5 minutes. Enregistrement des bagages, passage de la douane et j’en passe, nous nous retrouvons rapidement dans le hall principal à patienter autour d’un café. Décollage prévu pour 13h00 et arrivée (heure locale) 18h30 à l’aéroport de Rochambeau Felix Eboué.




L’ambiance est festive à l’atterrissage et nous sommes accueillis chaleureusement ! Apparemment, nous tombons en plein carnaval. Certains réussissent à passer entre les gouttes furtivement tandis que d’autres se font harponner pour une petite danse de bienvenue !


Près de 30 degrés, il fait lourd et le soleil est déjà couché. Le temps de dégotter un taxi dont le chauffeur n'en revient pas du tout que nous allons passer 10 jours en forêt alors que lui, n'y a jamais foutu les pieds ! Il nous conseille au passage d'aller faire un tour en ville pour voir les Touloulous et les Tololos pour danser "le Piqué" avec les "bonnes dames", apparemment une tradition culturelle de Guyane ! Nous n'en dirons pas plus, vous avez compris !

Arrivés à l’hôtel de La Marmotte pour une nuit avant le départ en forêt prévu le lendemain, c'est l'heure des premiers Ti'Punch au restaurant Le Milles Pâtes !


1er jour

Une bonne nuit de sommeil afin de bien récupérer du voyage n'aura pas fait de mal ! Au petit matin, nous sortons nos appareils photos pour la première fois comme des petits "chinois" afin d'immortaliser un moment merveilleux... Une mega partouze d'escargots ! Ok, peut mieux faire...


Petit déjeuner pour prendre des forces, les guides viennent nous chercher sur le coup des 13 heures. Le temps pour certains de préparer quelque peu leur matériel.


D'autres prennent de l'avance en s'entraînant aux futures nuits en bivouac !


Dominique et François arrivent même en avance, c'est parti ! 



Pas loin de trois heures de route plus tard, nous arrivons à la mise à l'eau du Barrage de Petit-Saut. 



Les barques sont bien remplies !


Tout le monde à bord et nous voilà parti pour trois heures de navigation à travers le barrage ! 


En quelques chiffres, le barrage de Petit Saut c'est : 

     * Une demande croissante d'énergie dans les années 80
     * Un ouvrage réalisé en 5 ans, de 1989 à 1994
     * 2 ans de "remplissage" et une surface de forêt noyée de 365km2
     * 2 tiers de la Guyane alimentée en énergie 
     * Des émanations de gaz présentes durant plusieurs années 
     * Une catastrophe écologique pour la faune/flore aquatique et terrestre 

C'est donc à travers ce vaste désert d'arbres qu'il faut traverser pour atteindre le camp principal qui se trouve à plusieurs dizaines de kilomètres en amont.




Dominique et François qui connaissaient le Sinnamary déjà bien avant l'inondation ont une véritable carte dans la tête pour savoir où il faut passer ! 


La montée continue dans un climat changeant au fil des minutes !



Le lit de la rivière se resserre et la végétation se fait de plus en plus dense. On sent qu'on approche...



Fin de journée, nous arrivons enfin au camp ! Le style d'habitation, qui se nomme Carbet flottant, est attaché par d'épaisses cordes à chaque extrémité. Placé dans un "bras mort", celui-ci peut alors monter et descendre sans problème selon le niveau du fleuve. Pour la petite anecdote, il a fallut une semaine entière pour l'emmener à travers le barrage jusqu'ici !



A bord, c'est un 5 étoiles au milieu de nulle part ! Des lits superposés avec moustiquaires, une cuisinière fonctionnant au gaz, une douche et un robinet alimentés par l'eau du fleuve, un wc, un frigo/congélateur et de la lumière disponible grace au groupe électrogène présent un peu plus loin sur la berge. Jeremy ne pouvant plus attendre plus longtemps tentera un premier lancé directement depuis notre hôtel flottant. Résultat, une magnifique touche en direct et un premier arbre à son actif ! Joli coup de ligne !



Notre vue splendide depuis le Carbet ainsi que nos embarcations de pêche. Il s'agit de deux fileuse en aluminium de 7 et 8 mètres fabriquées au Brésil. De véritables passe-partout pour l'Amazonie, on pourrait croire au premier coup d'oeil que la stabilité est moindre mais il en est tout autre ! En 10 jours, un seul homme tombé au fleuve... Jeremy pour changer !




2ème jour

Après une première nuit dans l'isolement le plus total, il est temps de passer à la pêche. Constitution des équipes, préparation du matériel et départ à quelques kilomètres en amont jusqu'à Saut Takari Tante. Une zone de rapides où les Aïmaras y viennent essentiellement pour se nourrir et se reproduire à la saison des pluies entre avril et juillet. Premier bateau : Dom, Gillou, Kevin et Jeremy dit Grisard. Second : François, Yves-André dit Yaz le Charpentier, Adrien Dampenon dit le Gaulois et moi-même dit.... En fait non, ce qu'il se passe en Guyane, reste en Guyane... ! 

Le fleuve étant beaucoup monté ces derniers jours au vu des pluies, le spot est pratiquement impêchable pour cette première tentative. Habituellement, quand l'eau est basse, il est possible d'accoster les cailloux et de pêcher chaque zone de calme où les poissons sont postés ! Malheureusement pour aujourd'hui, ce ne sera pas possible et nous partons quasi directement pour les dérives. Rive droite pour l'équipe de Dominique et rive gauche pour celle de François



La pêche en dérive est relativement technique à courant fort et ce sont les habitués de rivière qui s'y retrouvent le plus rapidement. Il s'agit de lancer son leurre avec précision le plus proche possible de la bordure, d'un obstacle ou au fond d'une crique. En résumé, tous les postes potentiels où peuvent se tenir les poissons à l'abri des veines principales. La prise de risque est donc synonyme de succès ou parfois d'accroche ! Au ramené du leurre, à vitesse lente, ce sont les deux trois premiers mètres qui sont les plus importants. Les attaques en surfaces sont impressionnantes tandis qu'en dessous, elles se voient plus subtiles. 


 Pour les criques, les poissons se tiennent fréquemment à la limite entre le calme et le courant. 


Après quelques minutes de dérive Yaz s'accroche à l'abord d'une crique... François à la pagaie, nous emmène à l'intérieur de celle-ci pour le libérer tandis qu'Adrien en profite pour changer de leurre et mettre un Lucky Craft Search Bull, apparemment leurre phare pour l'Aïmara. Il le lance à travers le calme et à environ 1 mètres du bateau, c'est l'immense attaque juste sous nos yeux ! Notre pêcheur ouvre le score au premier lancer avec ce magnifique poisson aux alentours des 10kg !



Sous la puissance de la mâchoire, mon fishgrip Berkley est déjà mort ! Dominique me le dira plus tard, rien ne vaut un vrai Boga Grip robuste tournant sur son axe. Tu mets le prix une fois et tu le gardes une vie seront ses mots ! 

Nous poursuivons la descente et les attaques se font rares. Etant tous les trois en surface, je tente alors une autre approche peu avant la fin de matinée. J'opte pour un S-Trout 20cm de chez Biwaa qui fait tant souvent la différence dans les conditions difficiles.. Et quelques minutes plus tard, Yaz me dit : tu vois sous les branches là-bas ? Ok c'est parti ! Le leurre passe bien sous les arbres jusqu'à la rive et après deux petits mètres de ramené, c'est une touche assez fine que je ressens. Le poisson file au milieu du fleuve et me facilite la tâche loin des obstacles. Un joli poisson également qui m'ouvrira l'un des deux anneaux brisés ! 


Retour au Carbet pour midi, apparemment quelques loupés au SpinnerBaits pour l'autre équipe.

Notre capitaine du jour ! 


Un excellent repas comme nous en aurons eu durant tout le séjour et place aux traditionnelles pêches au coup ! Enfin... Au coup mode système D ! Présentation du matériel des plus adaptés : Une canne pour l'Aïmara bien puissante, aucun moulin, du fluorocarbone de 40 centièmes, un bouchon en mousse ?, pas de plomb, un hameçon triple transformé en simple après modification à la pince coupante et comme appât, un bout de pain ou viande ! En gros, le sketch mais ça fonctionne tant la densité de poisson est impressionnante !



Dans l'ordre de gauche à droite selon les régionalismes : les "sardines", actives en matinée, deux espèces de "carpes" présentent durant la journée et un petit "poisson-chat" en soirée se déplaçant juste sous la surface. Une chose à savoir ici, tous les poissons ont des dents ! 




Seconde activité des pauses pour Grisard et moi, les petites baignades rafraichissantes et les fausses touches sur les lignes ! Apparemment aucun risque si l'on nage "franchement" et pas de Caïmans noirs ici qui se trouvent plutôt dans les marais, notamment ceux de "Kaw". Espèce fortement menacée, il est le plus gros prédateurs de toute l'Amérique Latine pouvant atteindre des tailles jusqu'à 8 mètres de longueur !


Retour sur l'eau l'après-midi, François nous donne un petit conseil qui fera toute la différence pour la suite de l'aventure. A savoir, sur les postes où des herbes sont présentent, ne pas lancer à ras, mais complètement au travers ! Les poissons étants cachés dans celles-ci sortirons plus facilement si le leurre passe au plus proche d'eux. Un exemple de postes typiques. 




La suite de l'après-midi est calme pour les deux embarcations et ce n'est qu'en toute fin de journée que l'activité commence à se faire voir ! Les touches manquées s'additionnent, c'est fou comme ce poisson n'est pas facile à crocher ! Nous comptabilisons 7 attaques pour notre équipe sans la moindre mise au sec. De l'autre côté, Gillou décapote avec un joli fish également tapé au Search Bull


La nuit arrive et nous ne voyons plus grand chose. Nous sommes juste à côté du Carbet et François nous propose de faire un dernier poste avant de plier les cannes. Même configuration que les précédents où nous avons eu les attaques simultanées, à savoir une grande étendue calme où sont présents de nombreux troncs. Attention à ne pas laisser le poisson se tanquer en cas de ferrage !

Et ferrage, il y aura bel et bien pour ma part ! Grosse touche au loin et un combat violent s'en suit sur la Furiozza qui ne bronche pas. Arrivé au bateau, l'Aïmara se défend un peu comme le ferait un brochet en multipliants les chandelles pour se décrocher. Pas de chance pour lui, il est bien piqué et François ne le manquera pas au premier coup d'épuisette ! Verdict, on passe les 12kg !


Voilà, une première journée qui se termine riche en émotions ! Le leurre du jour étant ce fameux Search Bull, les frangins nous sortent quelques reliques. Vu l'état, des Aïmaras et surtout des dents, ils en ont croisé un paquet !!!  


On arrose tout ça au Ti' Punch accompagné d'un petit cigarillos comme il se doit ! 



3ème jour

Debout tôt à nouveau avec les cris des singes hurleurs au loin ainsi que les chants des oiseaux qui nous entourent. Durant la préparation du matériel pendant le petit-déjeuner, je me rend compte que le poisson de hier soir m'a laissé un joli trou dans le leurre avec l'une de ses dents ! Ce dernier le rend donc inefficace puisqu'il se rempli d'eau et coule... Atelier bricolage ouvert, on perce, on colle, on insère un cure-dent, on laisse sécher et on coupe. Un peu archaïque mais ça pêche. 



Il a beaucoup plu cette nuit, ce qui nous laisse un bonne partie de la matinée dans la brume. Quelle ambiance ! 



Journée difficile pour l'ensemble du groupe puisqu'un seul et unique poisson sera fait ! Même Jeremy et son plan "Musky"avec la technique du 8 au bateau n'aura rien changé ! 


Les poissons n'étant pas actifs du tout, cela nous laisse le temps d'apprécier le cadre magnifique dans lequel nous sommes ! Une faune riche où nous croisons régulièrement des loutres géantes qui nous suivent le long des rives, des oiseaux en tout genre, des chauves-souris, des singes, des reptiles, des araignées sur chaque troncs, des termites et j'en passe ! 




Traces laissées par les termites sur la plupart des troncs présents ici. 


Et parmi ces d'animaux, il y en a un qui sort du lot, Steven ! Il s'agit d'un aigle pêcheur que les guides côtoient depuis 7 ans et que nous voyons tous les jours sur les arbres autour du Carbet. Il patiente tranquillement, dans l'attente que nous lui pêchions un poisson. Il vient ensuite se servir lui-même sans grande gêne !

En vidéo ici ! 

Plus tard dans la soirée, les frangins nous emmène de nuit en barque afin d'observer différentes espèces qui restent cachées de jour. Nous verrons des caïmans, des pacs et quelques serpents ! Etant difficile de faire des clichés de nuit, nous revenons presque sans photos... Sur le chemin du retour, une autre espèce de poisson que nous n'avions encore pas vu se présente d'elle-même en sautant dans le bateau par dizaines ! Dominique et Gillou en feront les frais avec deux headshots parfaitement placés !! Miam le goût de mucus !! 


4ème jour

Pour ce troisième jour de pêche, nous décidons de tourner les équipes. Aujourd'hui, Gillou, Jeremy et moi sommes emmenés par Dom ! Le fleuve est bien descendu et nous pouvons à présent atteindre certains postes qu'il était encore impossible d'apercevoir hier. 


D'entrée de jeu, Jeremy qui est armé d'un leurre légèrement plongeant loupe un poisson dans le courant juste devant nous. Il en ferre un second quelques instants plus tard mais manque de chance, le poisson se cale derrière une roche et c'est la casse... Dommage !


Les Aïmaras semblent plus agressifs que la veille et c'est bon signe pour la suite de la dérive. En milieu d'après-midi, une forte pluie débute et nous sommes trempés en un rien de temps !

Equipé d'un StickBait bien bruyant, je lance ce dernier pile devant un gros tronc qui se trouve entre la berge et le fleuve. Le leurre frappe la surface et une demie-seconde plus tard c'est l'attaque fracassante ! Vu les obstacles présents, je n'ai pas d'autre choix que de brider le poisson pour l'extirper ! Le Shimano Stradic 5000 que Manu m'a prêté encaisse bien le choc, pareil pour la Sakura que Denis nous a dégottée. A la mesure, 100cm et on dépasse les 13kg ! 


Quelques minutes plus tard, c'est au tour de Jeremy d'encaisser ! Le petit bosquet vers lequel il a lancé son Search Bull paressait prometteur et ça n'a pas manqué ! La bataille est lourde, notre pêcheur tient un obus également ! Au mètre et à la pesée, le plus joli poisson du séjour avec ses 104 cm pour 14 kg ! 


Et quelques minutes plus tard il nous remet ça ! Troisième poisson ferré sur du blanc... Plus de hasard sur ce coup ! Le poisson s'emballe en voyant le bateau et il faudra plusieurs montées en surface avant que Dom puisse l'épuiser !


Encore un magnifique poisson qui atteint les 12kg ! 


Et comme on dit : jamais deux sans trois ! On continue !


Et voilà un "petit" 11kg qui rejoint notre bateau, tout simplement un après-midi de folie pour Jeremy et l'équipe ! 


La pluie diluvienne s'étant stoppée et la fin de journée approchant, nous pouvons plier pour aujourd'hui sans forcer. Retour au Carbet pour fêter ça, on nage dans la fileuse ! 


5ème jour

Le fleuve est toujours relativement bas et il faut en profiter ! On remonte en matinée comme d'habitude jusqu'à Takari Tante pour pêcher les sauts au gros Poppers


Nous pouvons nous déplacer de cailloux en cailloux afin d'atteindre un maximum de postes en prenant quelques risques calculés par moment. Heureusement, pas d'algues sur les rochers et les crocks adhèrent plutôt bien aux conditions. Yaz pour sa part, ira pieds nus en vrai de vrai ! 


Il tient bon son premier Aïmara du séjour dans une posture peu évidente pour manoeuvrer le poisson au milieu des rapides !


Dom
le rejoint rapidement pour la mise à l'épuisette !


Un fish bien mérité et au Popper s'il vous plait ! Quelques instants plus tard, il manque de peu le coup double en décrochant un second poisson qui failli l'embarquer au fleuve ! Un joli spécimen aux alentours de 10kg. Dommage mais les sensations étaient là ! 


De l'autre côté aussi il y a du mouvement au rendez-vous ! Je manque à la suite deux poissons au Popper qui m'entraînent dans le courant... Pas simple de les combattre sur leur meilleur terrain de jeu. 


Et c'est Jeremy qui nous fera aussi un joli coup de ligne avec son Sébile qui "Splash" vraiment bien et tape à l'oeil des Aïmaras dans les remous ! 


Gillou mettra toutes les chances de son côté en suivant Francois à travers les rapides. Il y laissera même une partie de son genou ! Aie !

 
Après ce passage productif aux Sauts, on repart en dérive avec les artistes.  


La pluie est de retour et avec elle un nouveau poisson ! On joue les touristes jusqu'au bout, pose avec le chapeau !


6ème jour

Place à la seconde partie de l'aventure, les quatre prochains jours se dérouleront plus haut sur le fleuve à environ 100km. Nuits en hamacs et repas en forêt au rendez-vous, nous devons donc prévoir passablement de matériel à emmener avec nous. Point d'arrivée : Saut Deux Roros suivi de trois escales lors de la redescente. 

Quelques perspectives dont Yaz a le secret !


Arrivée à Takari Tante, le saut est évidemment infranchissable en bateau ! Nous vidons les barques et c'est à la force des bras que nous traversons la forêt en les tirant jusqu'en haut ! Heureusement qu'il y avait les racines et les rondins pour nous faciliter la tâche !


Après ce passage, nous pouvons souffler, le plus dur est fait !


Le saut vu de l'autre côté cette fois-ci. 


La montée continue durant 45 minutes jusqu'à Saut Dalle. En attendant, on profite de cette nouvelle partie du fleuve qui se resserre drastiquement plus l'on monte !


Et voilà Saut Dalle ! Apparement le niveau du fleuve permet de franchir le seuil sans tirer les bateaux à travers les bois cette fois-ci. Mais seuls nos deux capitaines seront à bord, juste au cas où !!


Epargnés durant la navigation, la pluie est de retour pour la pêche comme à son habitude !



Ce saut ne donnera rien et nous débarquons sur la rive pour laisser Dom et François jouer les audacieux ! Paraît-il qu'à l'époque où ils pêchaient que les deux, ils faisaient même des paris pour voir s'il était possible de passer le saut sans se ramasser ! Parfois ça passait et parfois non !



Avant de continuer notre chemin, il est l'heure de faire une petite pause pique-nique... 



On trouve des choses intéressantes dans les bordures... Des montages à "l'ancienne" qui nous laisse perplexes... Un hameçon simple circle hook renforcé, un bas ligne en fer de 3mm, le tout attaché aux branches avec un simple nylon de diamètre léger... Pas étonnant que ça n'ait pas tenu le choc ! 



On continue de monter en direction de Deux Roros, le fleuve devient vraiment étroit par endroit !


L'arbe maison de Avatar ? Pas loin... Une chose est sûre, Yaz en bon charpentier détient tous les records d'accroche jusqu'à présent ! Le tronc le plus haut (12mètres), le plus large (2mètres de diamètres) et j'en passe ! S'il venait à se faire celui-ci, il entrerait inévitablement dans le Guinness Book



Nous arrivons enfin au campement de la première nuit et avant d'aller tremper les leurres, on monte rapidement les toiles ainsi que les hamacs !


Nous débutons par Deux Roros en pêchant le saut des deux côtés de la rive. Ca gambade à nouveaux sur les rochers ! Jeremy, Adrien et moi loupons chacun un poisson, vraiment dommage car le spot était splendide ! 


Nous partons en dérive jusqu'au camp et c'est Gillou qui nous fera un magnifique doublé ! Un poisson plus petit à la robe très sombre et un second avoisinant les 9kg ! Pour les autres, rien de rien... Heureusement qu'il était là pour remonter le niveau ! 


La pluie s'intensifie fortement et il devient difficile de faire du feu pour le repas du soir tant le bois est trempé. C'est Yaz et les deux frangins qui alimenteront les flammes tout du long afin que nous puissions manger quelque chose ! Pas évident et ce n'est que le début... Certains hamacs prennent l'eau qui ruisselle le long des arbres puis des cordes. Il faut alors l'intercepter en accrochant un vêtement quelconque qui agira comme une "éponge" à chaque extrémité du hamac.

Un ver de terre est de sortie pour profiter pleinement des conditions. Enfin, c'est plus un serpent qu'un ver puisqu'il mesure pas loin d'1m50 ! 



Nous allons nous coucher dans une ambiance vraiment à part. Le bruit incessant de la pluie sur les feuilles fait carrément office de berceuse et nous sombrons sans difficulté. 

Au milieu de la nuit, nous entendons un bruit sourd. S'en suit une frontale qui s'allume puis deux, puis trois.... L'agitation se fait sentir et nous nous retrouvons tous debout sauf Kev qui dort comme un loire. Le fleuve est tellement monté durant la nuit qu'une des deux barque s'est remplie d'eau et est sur le point de couler ! Dominique qui a réagit rapidement et heureusement, tente de sauver un maximum de matériel avant que tout ne soit emporté par le Sinnamary

Les cannes sont sauves, en revanche il manque quelques boîtes de leurres, le boga grip et la pagaie. Afin de vider la barque, nous n'avons pas d'autre choix que de remonter celle-ci sur la berge. La pente est vraiment raide, on glisse et nous nous mettons les 7 à tirer comme des fous pour la hisser jusqu'en haut. Ca, c'était vraiment sport !

7ème jour

Le jour est sur le point de se lever et Francois nous montrera qu'il peut aussi jouer les mécaniciens au milieu de la forêt. Le moteur était complètement sous l'eau et il faut à présent l'ouvrir, démonter le carburateur, les bougies, sécher le tout et puis le remonter ! Ni une ni deux, il tire sur la corde et le moteur repart ! Quelque toussotements au début et ensuite plus rien, ces moteurs Yamaha sont vraiment fiables et redoutables. 

En voyant les conditions de pêche avec le fleuve en crue et les rives totalement inondées, il nous faut prendre une décision pour la suite. Soit nous restons ici sur le haut mais les poissons seront difficilement accessibles vue la densité de la végétation en bordure et la force du courant, soit nous redescendons au campement principal pour repêcher les mêmes zones que les jours précédents où l'accès est plus aisé. Dans tous les cas, la pêche se verra très compliquée peu importe où nous serons. 

Décision prise, nous retournons sur le bas tout en pêchant quelques postes durant la descente. A contre coeur évidemment mais la situation ne nous laisse pas vraiment le choix... 

Atelier travaux manuels pour Dom. La pagaie étant l'outil indispensable aux deux guides pour bien contrôler les dérives, il se charge d'en confectionner une avec ce qu'il a sous la main. Une branche coupée, de la corde, une grande poêle et on obtient ceci ! 


Ok c'est reparti, la motivation est toujours là !


Rencontre inédite en matinée avec ces deux tapirs qui traversent le fleuve, bien joué à Kev pour le cliché car nous autres avons manqué de vitesse d'exécution ! 


Nous talonnons l'équipe de Dominique (qui a retrouvé sa pagaie flottante), Yaz et Kev à plusieurs dizaines de mètres quand nous apercevons un plié de canne au loin ! Il s'agit de Kev qui est en tension et ça paraît des plus corrects. Quelque chose de frappant sur ce spécimen, la taille de la caudale est surdimensionnée ! 


Avec la chemise à Cyril Chauquet attention !!! 


Petite pause pour prendre des forces avant le passage du retour par la forêt, j'avoue que l'idée de la chemise blanche était un peu optimiste quand on sait ce qui nous attend... 


De retour sur Takari Tante, on décharge à nouveau les fileuses en amont du Saut pour repasser à travers la forêt. Lors du "tirage" d'une des deux barques, la coque de cette dernière est venue frappée un rocher assez lourdement. La poisse, c'est un trou de la taille d'une pièce de deux francs que nous avons à l'arrière de la barque ! Mais pas de panique, apparemment c'est déjà arrivé et Dom et François ont toujours une sorte de pâte à souder à froid avec eux . On sèche bien autour et à l'intérieur de la zone endommagée, on applique la substance et on laisse reposer deux-trois minutes. Après ça, c'est à nouveau solide et étanche ! Encore une astuce de plus à mettre à leur profit, ces mecs sont sans limites !

A nouveau sur l'eau, on profite de faire le Saut une dernière fois car le week-end arrive et il y aura probablement du monde présent ici ces prochains jours...



Et deuxième coup de ligne de la journée pour Kev sur un poste peu évident ! 


Il était là, à l'affut de la moindre proie et ne l'a pas loupé ! 


Plus rien pour aujourd'hui, on savait que ça allait être difficile et les frangins nous proposent de faire une journée dédiée à la pêche de l'Acoupa demain. C'est une bonne idée, pourquoi pas ! 

8ème jour

Aujourd'hui, nous pêcherons peu l'Aïmara au vue de l'activité nulle. On équipe les ensemble un peu différemment et c'est à l'Acoupa que nous partons. Bas de ligne en fluoro de 60 centième, leurres souple de petites tailles et on est paré. La technique n'est pas compliquée en soit et se rapproche de celle du sandre en vertical ou linéaire. On prospecte à ras du fond le lit principal du fleuve, notamment dans les profonds ou zones de remous. 


Une fois les bancs trouvés, les touches s'enchaînent relativement rapidement ! 



Et les poissons engament plutôt bien...



Au tour de Yaz... 



Puis le mien...



En passant par Kev... 



Pour revenir à Jeremy et le plus joli Acoupa de la partie ! Pas loin des 5kg. 



Nous gardons la quasi totalité des poissons pour le repas qui sera préparé par nos deux Chefs.



D'anciennes cicatrices laissées par l'attaque d'un Aïmara... Il n'a pas eu froid aux yeux vu la taille de sa proie qui avoisine les 4kg !



Nous tentons encore la soirée pour voir si les Aïmaras sont actifs mais toujours rien... La montée soudaine des eaux a mis nos chances proche de 0 pour réaliser une nouvelle capture...

Avant de rentrer, nous profitons encore d'un magnifique couché de soleil et des ronronnements produis par les Acoupas qui font littéralement trembler le fleuve dans son entier ! Grandiose, il faudrait mettre cet instant sur pause... 



9ème jour

Pour ce dernier jour de pêche, nous tenterons de faire un ultime Aïmara !


Autant le dire tout de suite, nous ne ferons plus qu'un seul poisson et c'est Gillou qui aura cet honneur ! Une robe magnifique pour terminer notre pêche ! 


On rentre au Carbet pour se consoler avec les "carpes" qui répondent toujours présentes. Une petite dédicace au passage pour Toni le roi du selfie ! On ne pouvait pas s'en empêcher...


La dernière soirée s'annonce plutôt festive ! Adri s'emballe avec ses verres de Rhum artisanaux et nous terminons aussi le piment qui était sensé durer un mois entier. Ca sent le mal de crâne pour le retour de demain tout ça... Et pour couronner le tout, Dom en véritable animateur de soirée comme à son habitude, nous rend nostalgiques avec ses musiques pour le moins vintage ! Faut dire ce qu'il est, après 10 ans de guidage, les deux frères ont décidé de boucler la boucle avec nous comme dernier groupe de pêcheurs. On imagine bien les souvenirs incalculables qu'ils ont en ces lieux magiques et c'est inévitable que le côté émotionnel ne laisse personne indifférent ce soir sur le Carbet de Guyane Amazonie Pêche




10 ème jour

C'est l'heure du départ... et oui déjà ! Nous avons passé des moments mémorables que nous ne sommes pas prêt d'oublier et pour marquer le coup, chaque groupe étant passé ici a laissé une petite note sur le frigo. Pour nous, pas de record en quantité, pas de record du plus gros poisson et pas de record non plus de boisson ou seul "Le Dob" et son groupe reste et restera à jamais en tête, tout en haut sur les marches du podium avec leurs 50 litres de Rhum ! N'ayant pas d'autocollants avec nous, je sacrifie mon t-shirt pour que nous aussi, puissions laissé une trace de notre passage. 


Si l'on devait résumer cette aventure en quelques anecdotes ce serait sans doute : 

     * Un cadre magnifique, une ambiance à part et une faune riche. 
     * Des poissons aux attaques de fous et des leurres massacrés. Sensations garanties, notamment dans les Sauts !
     * Les cures de Biafine dès les premiers jours tant le soleil nous a fait la peau malgré les nuages et les orages. 
     * Des soirées festives où Dom a mis l'ambiance et brisé quelques mythes. Je ne m'en remets toujours pas... Notamment pour le Goonch...
     * Les baignades dans Le Sinnamary et les nombreuses pêches au coup digne des compétitions auxquelles Toni a participé en 1987 avec l'équipe de Suisse.
     * Adri, son leurre "canard" ayant presque survécu et sa canne Zenaq à 800 balles pétée sur un tronc immergé.
     * L'amour de Yaz pour chaque arbre de Guyane et ses bons vieux reflexes de traineurs lors de la présentation des poissons pour la photo !
     * L'eau chaude que je cherche encore afin de prendre une bonne douche.
     * Gillou qui nous aura permis d'avoir à souper un soir et qui aura été comme un père pour nous. D'ailleurs si Dom avait une soeur, il lui aurait filé !
     * La monobrin à Kev transformée en canne de voyage 5 brins ou tuteurs pour plantes. 
     * La visite des orpailleurs, fusils à l'épaule, qui avaient besoin de savon pour nettoyer leurs masques de plongée.
     * Un ver de terre plus grand que la b*** à Dampenon.
     * Les pluies diluviennes dont la plus mémorable tombera lors de notre nuit en hamac où la barque a manqué de couler de peu. 
     * La pagaie artisanale de Dom conçue avec une branche, de la corde et une poêle. 
     * Le savoir faire de François qui aura sauvé un moteur en pleine forêt, cuisiné sous la pluie et soudé l'arrière de la barque sans pression. 
     * Jeremy qui s'est foutu à l'eau, puni par ses paroles obscènes incessantes. 
     * Notre pote Steven l'aigle pêcheur qui se sera fait attendre par moment et donc complice de quelques apéros douteux. 
     * Les animaux que François aperçoit dans la nuit noire à 300 mètres que nous cherchons encore aujourd'hui. 
     * Dom et son rêve de vivre au pays d'Heidi en alpage avec des chèvres. Plus joyeux que ses histoires de jaguar qui ont bouffé ses chiens !
     * La tronche à Grisard lors du retour en avion et les hôtesses de l'air qui ont dû joué aux infirmières. 


C'est parti pour la redescente et nous nous regroupons tous dans la grande barque. De son côté, François se charge de rapatrier la troisième fileuse que nous n'avions pas à la montée ainsi qu'une bonne partie du matériel de base qu'ils ramènent avec eux. Ils devront de toute façon revenir une autre nouvelle fois afin de récupérer leurs dernières affaires, le Carbet étant cédé aux prochains guides. 



Déjà nostalgiques mais heureux d'avoir vécu cette merveilleuse expérience !




Une phrase qu'on aura entendu souvent : c'est normal en Guyane ! Je promène ma barque, il est où le problème ? Non c'est bon, j'ai rien dit... Autant normal que de rentrer en pagayant avec des couvercles de bidons ou en marche arrière avec le moteur car la marche avant était cassé ! Oui oui, tout cela nos chers guides l'ont également vécu et ça n'a pas dû être toujours très joyeux par moment !


Une petite dernière pour ce paysage à part, il y a comme des champs de fleurs un peu partout en surface. Nous n'avons pas le souvenir d'avoir croisé cela en montant !


Arrivés sur la terre ferme, on sangle le tout sur les remorques et nous reprenons la route.


Il est à présent temps de passer aux remerciements et les mots me manqueraient presque à l'instant. Dominique, François, merci infiniment à vous deux pour votre accueil chaleureux, votre gentillesse parsemée d'humour, votre enthousiasme à sauver nos leurres crochés dans les branches 100 fois par jour et surtout votre maîtrise parfaite de l'aventure en toute situation ! Et pour tout cela, nous vous sommes reconnaissants. Je dirais presque que c'est dommage que vous arrêtiez car nous serions revenus, c'est certain ! 

Il s'agit d'un simple au revoir car paraît-il, le Peacock Bass dans le Rio Negro au Brésil, c'est un truc à faire ! Rendez-vous là-bas ! 


A bientôt !

Adri