Les dames sont reines à Lyon

Nous revoilà sur le Rhône pour une nouvelle session de trois jours de pêche au silure. Après les nombreuses sorties sur ce même fleuve au printemps, été et hiver, ils nous manquaient plus qu'une tentative en automne afin d'avoir une vision globale de la meilleure période pour venir traquer notre cher moustachu.

Commençons par un bref retour sur ces différentes saisons et les paramètres qu'il faut prendre en compte. Pour le printemps, être sur place avant la fraie est idéal. Cependant, il est arrivé fréquemment que nous tombions pile poile pendant la reproduction et là, la pêche se voit des plus compliquée. Concernant l'été, hors période de crue-décrue où cela peut être intéressant, le fleuve est en étiage total et surprendre des poissons très éduqués alors que le Rhône ne court pas devient également une problématique. Enfin pour l'hiver, il faut que le gros coup de froid ait lieu afin que certains groupes de silures se constituent. Si cela est le cas, une jolie pêche peut être réalisée ! Résumé condensé mais dans les grandes lignes c'est un peu cela à quoi nous avons à faire de manière générale. L'idéale serait comme toujours, être sur place pour pouvoir profiter des moments clés. 

Mais revenons à la session qui nous occupe. Cette fois-ci nous pêcherons en automne et sur le papier, cela représente plusieurs éléments des plus plaisants. Les pluies arrivantes feront bouger le fleuve, l'avant gros coup de froid incitera les poissons à s'alimenter avant l'hiver et les températures sont encore agréables pour les pêcheurs ! 

La semaine avant notre arrivée, les grosses pluies qui étaient tant attendues de partout ont eu lieu et le Rhône est monté très rapidement. Petit coup de chaud en voyant cela car une chose est certaine, les poissons n'attendaient que ça pour se gaver ! On risque d'arriver juste après la frénésie... aie...

Enfin, c'est tout de même confiants que nous nous retrouvons sur Vienne dans le petit gîte "Au Chat Bûcheron" proposé par Yannick. L'endroit est vraiment sympa et comporte un portail sécurisé pour les véhicules ainsi que les bateaux. Tout cela à 5 minutes de la mise à l'eau, que demander de mieux ! Pour plus de détails à ce sujet, je vous invite à visiter leur page ici


Le duel franco-suisse est officiellement ouvert et opposera NathManuBastien, et moi contre Yannick et Vincent. On le sait, il sont deux fois moins nombreux mais ont deux fois plus de talent ! La rencontre s'annonce équilibrée. 

Petite parenthèse au passage, les 50 vifs prévus pour cette sortie ont bien failli ne jamais voir l'eau du Rhône car de l'eau justement, ils en ont été privé durant 10 heures ! Nous tairons le nom du personnage qui a oublié de remettre le bouchon de sa cuve avant d'aller gentiment se poser chez lui sans pression. Petit indice tout de même, il porte un bonnet style païens exilé en terres de l'Yonne... Heureusement, le carassin est un poisson robuste et tous sont sortis vivants de cette mésaventure !

Mise à l'eau des bateaux sur le secteur de Vienne et c'est parti !


Et 1-0 pour la Suisse après une longue coulée des plus calmes avec un premier coup de ligne pour Nath ! Elle nous refera le même coup qu'en Camargue avec son "Adri je suis crochée". Je saisie la tresse à la main, sens que c'est lourd, puis un coup de tête s'en suit ! Je ferre instinctivement... La suite on la connaît, ça va devenir une petite tradition à bord du Tracker !


Le poisson est plein de chez plein comme nous le craignions à tel point qu'il nous régurgitera plusieurs morceaux de poissons bien digérés. Cela nous laisse penser qu'ils devraient gentiment se réalimenter à la suite de la crue.  

Pause de midi pour reprendre des forces, la pêche est difficile et les échos se font rares. 

Une oie qui se prend pour un cygne, c'est un peu comme un français qui aurait rêvé d'être suisse ! Mais pour cela pas de panique, le frontalier a été inventé ! Je plaisante bien évidemment, ce qu'on les aime nos frouzes ! 


D'ailleurs nos amis français égaliseront en toute fin d'après-midi avec un très joli poisson piqué par Vincent. Lisez plutôt ses mots puisque nous n'étions pas sur place à ce moment là. Une histoire pareille, ce n'est pas tous les jours !

"Nous arrivons au niveau du pont et décidons de longer la pilasse. A cet endroit, il y a 8 mètres d'eau sous le bateau où se trouve mon montage (plomb en or). Et là, les yeux rivés sur le sondeur, j'aperçois un gros échos à 5 mètres. De suite, j'y place mon vif sous le nez et PAF, pendu ! Sur le coup, je pense à un poisson d'environ 1m50 mais dès que je saisie la canne pour commencer le combat, je comprends rapidement que c'est plus gros que je ne le pensais. Dans l'adrénaline de la touche, on ne fait plus attention à notre environnement et le bateau viendra percuter la pile de pont de plein fouet ! Heureusement pas de dégâts, ouf. Le combat continue et nous commençons à sortir de sous le pont. Soudainement, j'aperçois plusieurs petits ronds à la surface de l'eau tout autour du bateau et on se demande ce qu'il est en train de nous arriver avec Yannick. En regardant vers la berge, je me rends compte qu'un carpiste nous attaque au cobra avec des bouillettes ! A ce moment-là, on comprend rapidement que nous venons de passer sur son poste à carpes qui se trouvait juste derrière la pile. Tout en combattant le poisson, je l'informe que nous ne l'avons pas vu. De rage, il jetera son cobra par terre de colère tout en faisant des sauts de cabri d'énervement. Le combat touche à sa fin et au moment de saisir le poisson par la mâchoire inférieur, je positionne ma canne trop à la verticale et paf, la canne casse sous l'angle trop prononcé. Je finis par mettre le poisson dans le bateau et nous retournons à la mise à l'eau afin de faire une photo avec toute l'équipe. Verdict : 1m91 ! Mon plus gros poisson avec touche à la main !"


Place à la pose, bien joué l'ami !


Avec toute l'équipe, merci à la personne en roller pour la photo. 


Fin de la première journée, 1 partout ! Retour au gîte pour une bonne petite soirée où nous serons aux petits soins de Yannick. Il l'a dit, la prochaine session c'est terminé tout ça ! Alors profitons en ! 

Pour le deuxième jour, nous mettrons à l'eau en aval du barrage d'Ampuis. Le Rhône étant moins large que sur Vienne, il devrait y avoir plus de courant sur cette partie.

La matinée se déroule dans un épais brouillard et les touches se font toujours aussi rare. Un ou deux gros échos se laisseront voir au sondeur mais rien à faire pour les décider. Je tenterai une rapide pêche au petit leurre en vertical et prendrai un petit sandre ainsi qu'une perche. Rien de bien palpitant et voilà que le vent du sud se lève, freinant considérablement nos dérives à tel point que nous faisons du sur-place !

Connaissant un peu le secteur, je propose à l'équipe et notre capitaine du séjour Manu de descendre quelques kilomètres plus bas dans un virage où nous serons à l'abri. Décision prise, en route !

Et l'idée ne fut pas trop mal puisqu'à peine la dérive entamée, Manu se positionne sur un bel écho et c'est contact immédiat ! 

Très bien joué car il a fait tout juste de A à Z sur ce poisson ! Parfait !


Le brouillard se lève enfin et nous descendons encore un peu pour arriver sous le fameux pont mythique de Condrieu. Nous aurons le temps de faire une toute petite coulée où nous apercevrons un très gros poisson avant que Jean-Claude nous propose de le rejoindre plus en aval vers Chavanay pour la pause de midi. 


Ah ce fameux ponton ! Il s'en est passé des choses autour de celui-ci lors des précédentes sessions ! D'ailleurs, après la pause, le plan est de bien insister dans le secteur car il y a gros à faire ici. 


L'équipe fera connaissance avec Jean-Claude, c'est toujours un réel plaisir d'échanger quelques mots avec lui et comme à son habitude et sa grande générosité, il nous donnera quelques tuyaux pour la pêche dans la région ! 

Allez il est temps d'y retourner et de profiter des magnifiques conditions du moment. Pas de vent, grand soleil et les températures sont estivales pour la saison. Nous entamons de nouvelles dérives prometteuses dans le coin mais ces dernières se verront écourtées puisqu'un jet ski viendra rompre le calme de nos coulées et ainsi supprimer toute discrétion sur les postes... 

Nous remontons sur Condrieu et là pareil, plusieurs bateaux sont déjà sur la zone... Normal en même temps puisque c'est un jour férié aujourd'hui. Allez, direction Ampuis où nous ferons encore une petite dérive avant de stopper cette journée qui n'aura malheureusement pas donnée grand chose... On se consolera au gîte avec une petite mousse et la soirée pizza en perspective !

Pour le troisième et dernier jour, il est temps de mettre toutes les chances de notre côté. Je sortirai donc l'arme secrète, celle avec laquelle il se passe toujours quelque chose, mon fidèle caleçon rose ! Admirez plutôt le beau repassage de maman à gauche et la vie de célibataire à droite ! En même temps avec une couleur pareil vous me direz... Pas étonnant !


Pour cette dernière chance, nous pêcherons le centre-ville de Lyon. Un secteur que je connais plutôt bien où les belles prises sont possibles bien que ça soit l'un des spots les plus pêchés de France.

Le début n'aura pas été des plus drôle (en fait si) lorsqu'un conflit Franco-Suisse a failli se déclarer ! Pour cause un timing parfait entre le lâché de télécommande du treuil électrique de Vincent et le passage de Manu avec sa voiture. Coordination impeccable, applaudissements s'il vous plaît !


Premières constatations faites pour ceux qui n'étaient encore jamais venus, effectivement, nous sommes loin du cadre sauvage et nature que nous avions eu les deux premiers jours. La pollution de l'homme, tant sonore, odorante et visuel, n'enchante pas tout ce petit monde et à cette première minute, je me demande pourquoi ais-je proposé ce secteur... Disons simplement que dans ma tête, je pensais seulement à ce qui se passait en dessous de la surface et non en dessus. 


Ambiance impressionnante tout de même n'est-ce pas ?


Briefing rapide pour les deux équipes à propos des dérives possibles à faire et go ! Nous pêcherons plus ou moins côte à côte et j'avoue que c'est bien plus chouette que d'être à des kilomètres les uns des autres. 

La première dérive arrivant à sa moitié, c'est la touche pour Vincent avec un poisson qui surgira du fond à une vitesse fulgurante ! De l'extérieur, et voyant notre cher ami remonter le poisson sur environ 4 mètres à la main, nous pensons à un tout petit poisson... En fait c'est simplement que ce type est cinglé ! Canne en main, début du combat et au final un joli silure monté à bord ! 


Le poisson semble en bonne forme mais présentera quand même quelques signes de maladies, kystes... Je ne saurais définir précisément ce dont il est atteint. 


Remise à l'eau et c'est l'égalisation ! 2-2. 


Plutôt que de continuer la coulée, nous décidons de remonter et d'en recommencer une nouvelle. Sur cette suivante, nous apercevrons plusieurs très gros poissons qui viendront chatouiller le vif à Manu mais sans se décider. On le sait, les poissons d'ici sont extrêmement sollicités et il est rare que ces gros sujets passent à l'attaque. Les raisons ? Ils ont appris et retenu que ce n'est pas "normal" qu'un poisson se promène tranquillement à ras du fond sur leurs zones de repos. Tout comme ils détectent et associent au danger les ondes émises par les échosondeurs ainsi que les vibrations produites par le moteur électrique. Supprimez ces éléments extérieurs qui perturbent votre discrétion, pêchez à "l'aveugle" tout en connaissant vos dérives sur le bout des doigts et vous verrez vos résultats en terme de qualité changer considérablement ! Et je ne parle même pas du Clonk banni de l'équipement tant ils ont été pêchés de cette manière... 

Suite de la dérive et ce qui est bien avec Manu, c'est qu'il suffit d'un regard pour que nous soyons en parfait accord lorsqu'il s'agit de choisir une veine de courant plutôt q'une autre. Instinctif ! A ce moment là, je me trouve à la pointe du bateau avec à ma gauche, Nath qui anime son poisson mort. Elle me sort un truc du genre : "Ce serait pas mal que ton caleçon rose se bouge un peu !". Je lui réponds : "T'as pas tort ! D'ailleurs je crois que j'ai oublié de fermer mon fute..." Quelques rires, un contact avec cette arme mystique et BAM ! Grosse touche instantanée pour Nath


Ca paraît lourd et les grands vides laissés dans la canne de Xavier Vella nous laisse penser à un très très joli poisson... 


Le carbone plie et le poisson mène la vie dure à notre pêcheuse ! Elle le sent, elle le sait, c'est son record qui est au bout de la ligne et pas question de lâcher prise ! D'ailleurs c'est notre session à tous qui prendrait une toute autre ampleur avec un beau poisson tant les deux premiers jours ont été difficiles. Est-ce qu'on passe les deux mètres ? C'est évident ! Mais il n'est pas possible d'estimer la taille réelle de l'adversaire à cet instant. 


10 minutes..., 15 minutes.... et bientôt 20... Nath continue de mettre une bonne pression sur le poisson afin que celui-ci ne reprenne pas des forces. D'ailleurs, ce dernier joue maintenant la carte de la "chandelle" et se sert de toute sa masse à l'aplomb du bateau pour ne pas se laisser prendre. Nous ne l'avons pas encore vu mais lorsqu'il lâche les premières bulles d'air, nous sommes stupéfait par le diamètre de celles-ci ! 


Ca y'est, le poisson crève la surface. Il est énorme ! Piqué par deux des branches du triple dans le bas de la mâchoire inférieure, cela nous paraît tendu mais au final il était parfaitement croché. Manu se saisi du poisson et je viens l'aider à le hisser à bord du Tracker.  


Il faut être sincère, au moment où le poisson se trouve dans le bateau, je ne me rends pas du tout compte de sa taille et de ce que vient réaliser Nath. J'annonce minimum 2m25, Manu 2m30 et Bastien 2m50... Des plages facilement accessibles comme en Camargue, il n'y en pas vraiment ici puisque les bords du Rhône sont bétonnés. Nous optons donc pour un petit ponton en rive gauche pour la séance photo et la mesure exacte. 

Ce fish est interminable... 


Mesure finale, précise, sans la bâche Black Cat qui est faussée et c'est 2m47 !!! C'est Bastien qui avait l'oeil juste. Place maintenant à quelques photos pour ce spécimen hors norme. La première fois pour nous tous de nous retrouver avec une telle capture, là, juste sous nos yeux. 


Un petit bisou bien gluant, mmmmmhhh !


Cette lutte, c'est l'opposition d'une cinquantaine de kilos contre une centaine, de 30 ans de vie contre peut-être plus de 40 !


Les passants s'arrêtent par dizaines et tous sortent leurs téléphones portables pour immortaliser la scène. Il y a deux vedettes aujourd'hui. Nous demandons à une dame s'il elle serait d'accord de nous prendre en photo tous ensemble. Elle accepte mais je n'oublierai pas sa tête lorsque je lui tendrai mon appareil photo recouvert de mucus ! Merci à elle. 

Le poisson d'une vie peut-être mais en tout cas de cette session-la !


Chacun se remet de ses émotions, je glisse un petit SMS à Jean-Claude pour l'avertir que ses montures ont encore frappé et retour sur l'eau. Les poissons semblent mordeurs et il faut en profiter au maximum. Dérive suivante et Bastien fera un poisson de suite, également au mort manié à l'arrière du bateau. 


Puis viendra le tour de Yannick ! Un poisson de jolie taille qui se rendra rapidement. Etrange non ? Pas tant que ça puisque nos deux artistes ont réussi à capturer le même poisson que toute à l'heure ! Ca ne pouvait arriver qu'à eux. Bien joué !


Pour preuve, les fameux kystes sur son flanc gauche. 


Nous approchons de la fin de cette dérive quand Nath et ses "petits-bonds" sur le fond frapperont encore une fois ! En reine jusqu'au bout, elle me tendra sa canne pour que je puisse combattre le poisson car à l'heure où la session touche à sa fin, je suis le seul à n'avoir toujours rien pris. Merci beaucoup pour ton geste, je suis passé totalement à côté de ma pêche cette fois-ci mais mon esprit est serein car autour de moi, les autres ont réussi ! 

Le poisson ayant été bridé, pas simple de s'en saisir une fois au bateau alors qu'il a encore toute son énergie ! Oups... Au final une belle prise qui me procurera un grand plaisir !


Cette magnifique session touchant à sa fin, nous aurions pu taper encore un grand coup sur le gong final car Yannick tenait certainement un autre joli poisson sur sa canne au bouchon. Dommage c'est la décroche !

Cette sortie fut riche en émotions avec deux journées très éprouvantes mentalement tant elles étaient difficiles, jusqu'à cette dernière qui marquera sans doute l'une de nos plus belles. Un record à la clé pour Nath, une marche sur le podium lyonnais avec une deuxième place des poissons les plus gros jamais pris par une demoiselle. La première étant bloquée à 2m54. Des rires, des tacles, beaucoup de partage, on se dit une seule chose, vivement la prochaine ! 

Bilan final : Victoire des suisses 5 à 3, mais finalement victoire pour tout le monde ! A bientôt et bonne pause halieutique pour ceux ou celles qui auront déjà rangé leurs cannes !

Adri 

Ps : Je glisserai cette dernière petite phrase pour faire plaisir à Yannick : "Mais que fait la police !"